Accouchement physiologique et péridurale : incompatible ?
- Lise ROLLO

- 29 janv.
- 4 min de lecture
Introduction
On entend souvent dire qu’un accouchement physiologique serait simplement un accouchement sans péridurale : ce n’est pas tout à fait ça !
D’ailleurs, un accouchement intense ou douloureux sans péridurale ne dit rien, en soi, de la physiologie du processus.
Pour y voir plus clair (et surtout pour éviter des attentes irréalistes) revenons à ce que recouvre réellement le mot « physiologique ».
Qu’est-ce qu’un accouchement physiologique ?
Un accouchement physiologique, au sens strict, est un accouchement qui démarre spontanément et se déroule sans intervention extérieure, en laissant au corps la possibilité de mobiliser pleinement ses mécanismes naturels.
Cela implique notamment :
un début de travail spontané,
un rythme qui n’est pas imposé de l’extérieur,
la liberté de mouvement et de position,
un environnement calme, sécurisant, peu stimulant,
des conditions favorables à la régulation hormonale.
L’objectif n’est pas de refuser toute aide ou toute intervention par principe, mais de laisser le processus naturel se déployer tant que la situation le permet.
Dès lors qu’une intervention est introduite — déclenchement, analgésie médicamenteuse, stimulation artificielle, environnement très intrusif — on sort de la physiologie stricte.
Ce n’est ni un échec, ni un problème : c’est simplement une autre dynamique.
Quand on intervient : ce qui change
Lorsqu’une intervention médicale est introduite dans le déroulement du travail, elle ne modifie pas seulement un élément isolé, mais l’ensemble du cadre dans lequel la naissance se déroule.
Une revue de la littérature publiée dans le Journal of Clinical Nursing met en évidence que les interventions obstétricales s’inscrivent rarement de manière indépendante. Leur introduction a tendance à modifier le processus global et à augmenter la probabilité d’autres interventions associées, sans qu’il soit toujours possible d’en isoler précisément la causalité (Nystedt et al., 2004).
Ainsi, la naissance continue de se dérouler, mais selon d’autres dynamiques, d’autres repères et souvent d’autres protocoles à respecter.
Il est donc essentiel de nommer les choses avec précision, car cela peut avoir des conséquences sur le déroulé de la naissance et votre vécu.
L’exemple du déclenchement : une naissance influencée dès le départ
Le déclenchement, même lorsqu’il est indiqué et bien vécu, influence le déroulement naturel de la naissance. Il s’agit d’une intervention médicale, même s’il n’est pas toujours présenté ainsi.
Les grandes revues de la littérature, notamment celles issues de la Collaboration Cochrane, montrent que le déclenchement peut avoir des conséquences sur le déroulement de l’accouchement, variables selon les contextes, les indications et les situations individuelles (Middleton et al., Cochrane Review).
Chaque femme a le droit de comprendre les enjeux des interventions proposées pour faire des choix éclairés et en conscience, adaptés à sa situation et son vécu. Les protocoles et interventions sont utiles dans certains cas.
La péridurale : rôle et effets sur le travail
La péridurale est une anesthésie locorégionale largement utilisée en France. Elle permet de diminuer, voire de supprimer, les sensations douloureuses liées aux contractions.
Cependant, elle peut également avoir d’autres effets, variables selon les femmes et les contextes, notamment :
une diminution de la mobilité ;
une modification des sensations corporelles ;
un possible ralentissement du travail dans certains cas ;
un recours accru à des interventions complémentaires (ocytocine de synthèse, instruments).
Attention : cela ne signifie pas pour autant qu’un accouchement sous péridurale serait moins valable, moins respectueux ou moins transformateur. Il peut même être sécurisant, soutenant et parfaitement ajusté à la situation vécue.
Il est donc essentiel de distinguer :
accouchement physiologique ;
et accouchement influencé ou médicalisé, plus ou moins respectueux de la physiologie.
Cette nuance permet de sortir des injonctions et de la culpabilité, et de replacer les choix dans leur contexte réel. Mettre des mots justes redonne du pouvoir aux personnes qui enfantent et permet de faire des choix plus alignés et éclairés.
Douleur et souffrance dans l’accouchement physiologique
La douleur peut faire partie du processus de la naissance, selon le corps de chacune, le contexte et les conditions dans lesquelles le travail se déroule.
Lorsque la physiologie est soutenue — rythme respecté, environnement contenant, liberté de mouvement, sécurité émotionnelle — le corps peut mobiliser ses propres ressources hormonales, qui modulent les sensations et permettent de traverser le travail avec plus de fluidité.
La souffrance peut apparaître lorsque :
le corps est contraint ;
le rythme est imposé de l’extérieur ;
la cascade hormonale est entravée ;
ou que la personne ne peut pas entrer dans son état de retrait et de concentration.
Dans la grande majorité des cas, le corps de la personne qui accouche est capable d’accoucher si on ne le perturbe pas. L’environnement va grandement influencer le déroulé du travail et le vécu de la naissance : prenons-en soin !
Se préparer à un accouchement physiologique
L’accouchement physiologique n’est pas une performance ni le fait de « tenir sans péridurale ».
Il repose avant tout sur la compréhension du processus, la préparation et l’accompagnement.
Il existe de nombreuses façons de soutenir la physiologie de la naissance, parmi lesquelles :
l’accompagnement par une sage-femme formée aux accouchements physiologiques ;
l’accompagnement par une doula, pour être soutenue sur les plans émotionnel, informationnel et relationnel, avant, pendant et après la naissance. Il ne remplace pas l’accompagnement par la sage-femme, il le complète.
le chant prénatal, qui favorise la respiration, le relâchement et la connexion au corps ;
des pratiques corporelles et émotionnelles comme le mouvement, la visualisation ou la relaxation ;
Etc.
Ces ressources ne garantissent pas d’accoucher de façon physiologique (la naissance reste imprévisible, c’est aussi ce qui en fait sa beauté) mais elles permettent de créer un terrain favorable, de mieux comprendre ce qui se joue, et de traverser l’expérience avec plus de confiance et de repères.
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